Descendre la rivière

 

LE MONDE

«Descendre la rivière condense en échos subtils une existence marquée à jamais par les traumatismes dè l’enfance. Sa justesse, sa maîtrise du suspense font de ce texte une enquête palpitante, autant qu’un émouvant récit de la faute.»
La mouche à pêche
Alex et sa femme, Kay, coulent des jours paisibles sur les rives du lac Muskoka (Ontario), lorsque Alex reçoit un courrier renfermant une mouche à pêche. Les images de son Irlande natale affluent alors : des prêtres tourmentés, un père tyrannique, un ami abandonné. Et, bien vite, c’est une présence étrangère qui se fait sentir près de la maison… Ecrivain et journaliste irlandais, remarqué pour La Mer et le silence (Joëlle Losfeld, 2012), Peter Cunningham montre la souffrance enfouie au fond dAlex, sans lourdeur descriptive ou psychologique. Tissage de motifs et de souvenirs tragiques, réflexion sur la quête des origines, Descendre la rivière condense en échos subtils une existence marquée à jamais par les traumatismes dè l’enfance. Sa justesse, sa maîtrise du suspense font de ce texte une enquête palpitante, autant qu’un émouvant récit de la faute. PALOMA HIDALGO

ENCRES VAGABONDES

«Peter Cunningham réussit là un roman passionnant, nous promenant entre le Canada et l’Irlande, le présent et le passé, l’écrivain et sa femme, sans oublier les truites qu’on retrouve de temps à autres et dont on s’apercevra qu’elles ont aussi joué un certain rôle dans cette sombre histoire. La collection de littérature étrangère des éditions Joëlle Losfeld nous réserve décidément toujours de belles surprises…»

Alex, un Irlandais installé au Canada avec sa femme, va devoir retourner sur les lieux de son enfance pour éclairer un passé qui le hante et met en péril l’équilibre de son couple. En alternance avec sa quête, des paragraphes nous font découvrir la vie des truites, leurs mœurs et leurs habitudes, les meilleurs moments pour les approcher et les diverses façons de les pécher.

Alex a enseigné l’anglais pendant trente ans avant de démissionner pour écrire des romans. Sa femme Kay, pensait pouvoir se consacrer à la peinture. Ils ont quitté Toronto et se sont installés, un peu plus au nord, près du lac Muskoka. La vie pourrait être agréable et paisible mais la crise a fait fondre leurs économies et leur situation financière est moins confortable que prévu. Kay a dû reprendre un travail de psychologue à mi-temps dans un hôpital. Aussi, quand Alex fait la fine bouche pour assurer la promotion de son premier roman aux États-Unis où son agent lui a trouvé un éditeur, elle ne le comprend pas et leur relation s’envenime.

Dans ce premier roman, Alex a évoqué son enfance en Irlande et dressé un véritable panégyrique de son père, un médecin apprécié dans toute la région. Seulement, voilà, au moment de défendre son livre à New-York, il admet qu’il a sérieusement enjolivé l’image de son père et omis certaines zones d’ombre qui ont troublé son enfance et perturbé sa relation avec celui qu’il n’appelle que par son titre, le Docteur. Il ressent une profonde lâcheté à ne pas avoir essayé de creuser un peu plus ces souvenirs enfouis.

Pour en avoir le cœur net, il décide de retourner dans la région de son enfance et d’interroger les témoins encore vivants de ces années occultées. Dès le deuxième chapitre, nous voici donc en Irlande, accompagnant Alex dans son enquête.

En parallèle nous continuons à suivre Kay dans sa vie quotidienne qu’elle partage avec leur petit-fils Tim, venu passer six semaines chez eux pendant que leur fils, paléontologue, est parti en Chine sur un site archéologique. La mère de Tim est morte dans un accident de voiture quand il avait trois ans, ce qui explique la mise à contribution des grands-parents.

Là encore, tout pourrait être pour le mieux dans le meilleur des mondes mais un homme récemment installé près de leur lac, Larry White, semble s’intéresser de près à Kay et à Tim. Il se dit ancien « Mountie » (la police montée canadienne) mais on ne sait rien de lui et son attitude commence à inquiéter Kay.

La tension monte, un suspense se construit et le roman prend des allures de thriller. Alex essaie de rencontrer son père, toujours vivant, dans une maison de retraite, mais qui refuse de lui parler, l’accusant d’avoir amené la honte sur leur famille. Au cours de ses recherches, Alex s’aperçoit que les gens n’ont pas envie de remuer le passé où un prêtre, notamment, a joué un rôle bien sombre. Il parvient tout de même, au fil de ses visites et de ses entretiens, à démêler l’écheveau de ces années troubles de sa vie.

Suivant à la fois ce qu’Alex découvre en Irlande et ce que vit Kay au Canada, nous sommes peu à peu amenés à penser que le mystérieux Larry White n’est peut-être pas étranger à ce que cherche Alex...

Peter Cunningham réussit là un roman passionnant, nous promenant entre le Canada et l’Irlande, le présent et le passé, l’écrivain et sa femme, sans oublier les truites qu’on retrouve de temps à autres et dont on s’apercevra qu’elles ont aussi joué un certain rôle dans cette sombre histoire. La collection de littérature étrangère des éditions Joëlle Losfeld nous réserve décidément toujours de belles surprises...

 

EN ATTENDANT NADEAU

«À intervalles réguliers surgissent de courts paragraphes consacrés à la truite . . . ils font entendre une drôle de petite musique, curieuse et obsédante – au bout de quelques pages, on finit par tendre l’oreille, impatient de l’entendre à nouveau – contrepoint inattendu qui sonne avec une rare justesse.»

Que fait la truite – The Trout, titre de l’original de Peter Cunningham – à l’instant du danger, quand une ombre cache la lumière au-dessus d’elle ? Elle demeure immobile, plongée dans « une mémoire profonde comme l’océan ». De cette mémoire, qui englobe aussi les humains, émerge le livre.

Certes, on peut descendre la rivière où se pratique la pêche à la mouche, mais pour Alex, Irlandais installé au Canada avec sa femme Kay, au bord du lac Muskoka, la rivière de la pensée remonte vers l’origine. Comme le fleuve Alphée cher à Roger Caillois, elle traverse l’océan où elle s’est d’abord jetée sans se perdre, pour finir par rejoindre la terre d’Irlande : le pays de l’enfance recèle la clé d’un mystère dont le poids est devenu insupportable.

Commence alors un cheminement à rebours dans l’espace et dans le temps, qui permettra d’éclairer cette zone obscure dont la menace diffuse a accompagné toute la vie du narrateur. De simples flashbacks d’abord – où il est surtout question du « docteur », le père d’Alex – puis un vrai voyage où Alex va s’efforcer de donner un nom à ce qui l’a toujours tourmenté. Écrivain, il devrait y parvenir. Mais voilà, le père qui apparaît dans l’écriture n’a jamais existé : « J’ai écrit le livre non pas pour dire la vérité, mais pour lui plaire ».  Dernier aveu de faiblesse avant le sursaut, avant la prise de conscience d’un devoir à remplir, envers les autres et envers soi-même.

Au départ de l’intrigue, dans une simple enveloppe reçue par la poste, une mouche pour la pêche, joli petit insecte certes, « avec des plumes pâles et des ailes rosées translucides  mais pourvu d’un minuscule crochet, recourbé et pointu, comme un phallus doré » : l’image est profondément dérangeante, le lecteur apprendra qu’elle est juste. Beaucoup de mensonges dans ce roman, surtout de la part des adultes détenteurs du pouvoir ou du savoir (médecins et ecclésiastiques), sentencieux, arrogants et hypocrites, prompts à convoquer une métaphore terrifiante pour dompter l’enfant rebelle – « un menteur est comme un cadavre avec des vers dans son ventre, pourri à l’intérieur » – dans la minute même où ils camouflent la pire infamie. Le père McVee emmène les deux garçonnets à la pêche à la mouche. Dans l’obscurité Alex est « saisi par le sentiment d’un danger vague », le prêtre s’éloigne avec Terence et quelques instants plus tard Alex entend un gémissement, « un long gémissement d’homme dans la nuit ». L’homme mûr porte sur l’enfant qu’il était un diagnostic exact : « Je pense que dans mes os je savais ce qui s’était passé mais mon cerveau ne pouvait l’imaginer ». Le narrateur fouille dans ce savoir obscur et non formulé, recherche les témoins, travaille à briser le silence, ou plutôt les silences qui se sont accumulés comme les portes qui se sont fermées au visage d’un autre enfant, l’émouvant garçon boucher de l’auteur irlandais Patrick McCabe dans le roman Le Garçon Boucher.

Il veut combler « des grands trous dans la mémoire », se sentant lui-même coupable puisqu’il a trahi Terence qui voulait fuir. Dans son enquête passent Larry White, dont l’amitié se fait trop pressante ; un inconnu qui « paraît collé à la vitre » et épouvante Kay ; le successeur de McVee, Sean Phelan, qui, comme Alex, « a passé sa vie d’adulte à souffrir de blessures infligées au cours de son enfance » ; et la famille Deasy qui avait recueilli Terence. Et puis dans la sombre forêt des non-dits, se dresse, outre le prédateur, la silhouette du père, « le Docteur », dont Alex apprendra très tard – message d’outre-tombe rapporté par la voix d’un enfant innocent – qu’ « il était au courant ». Ici, Peter Cunningham met en accusation la société de son pays en montrant que le mal n’a nul besoin de s’y dissimuler puisque personne n’a le courage de l’affronter dans un climat d’hypocrisie ou de lâcheté.

À intervalles réguliers surgissent de courts paragraphes consacrés à la truite (ses modes de vie, son habitat, les manières de la pêcher…) : ils font entendre une drôle de petite musique, curieuse et obsédante – au bout de quelques pages, on finit par tendre l’oreille, impatient de l’entendre à nouveau – contrepoint inattendu qui sonne avec une rare justesse. Une étrange poésie émane des deux récits qui entrent en résonance. Il y a les détails techniques (concernant par exemple la fabrication des différentes sortes de mouches, ou encore « l’odorat exceptionnel » de la truite). Et puis il y a la beauté de la pêche, « le plus élégant des ballets : l’homme muni de sa seule canne, sa proie, un animal d’une beauté argentée dans l’eau, la ligne de communication entre eux aussi fine qu’un fil de la vierge ». L’halieutique est devenue poétique : « la truite est comme une poésie. Elle hypnotise grâce à une magie qui attire les hommes dans un vide silencieux, dans des limbes mystérieux et liquides ».

Alex est écrivain, Kay est psychanalyste (comme la femme de Peter Cunningham) : à eux deux, ils s’efforcent de voir clair dans l’opacité des esprits – l’inconscient joue des tours, ne cessant de tresser ses symboles – de briser le vernis scintillant (celui de leur vie, de la surface des eaux du lac) : la tâche n’est pas aisée. La vérité, la trouvera-t-on dans Soufre, le deuxième roman d’Alex, ou chez McVee qui, au bord de la tombe, place sa confiance dans la Pitié de Dieu ? Jusqu’au bout, Alex est poursuivi par l’écho de l’angélus qui sonnait dans l’église du père McVee, l’écho insistant d’un passé douloureux que rien n’efface. Au terme de son enquête, menée avec succès à travers un enchevêtrement de vies abîmées, il songe à la mort – qui s’en étonnerait ? – et à ces derniers instants où « bruits et la dureté de la terre sont oubliés et que, peu à peu, on ne fait plus qu’un avec le mystère de l’eau et la musique de la nuit. »

LA CAUSE LITTÉRAIRE

«Une plongée dans la mémoire, un voyage âpre dans les replis ombreux d’une vie, d’une famille, avec des trébuchements terribles qui laissent des traces indélébiles. C’est ce que nous propose Peter Cunningham dans ce superbe roman, écrit avec l’apaisement nécessaire à cette équipée mnésique.»

Le narrateur, devenu écrivain installé au Canada avec sa femme, entre en vieillesse. Son passé le hante et il prend son baluchon pour aller à son devant, en Irlande, terre de sa naissance et de ses ancêtres. Un personnage, un événement en particulier, l’obsèdent, réveillés par la présence autour du couple depuis quelque temps d’un homme qui, à force d’insistance lourde, finit par l’inquiéter, par le questionner sur l’identité de cet importun. Et par ricochet sur son identité profonde.

Sur les traces de son père – le Docteur – Alex retrouve les lieux de son enfance et les gens aussi, ceux qui vivent encore. La figure des amis d’autrefois le hante. Celle de son père aussi, qui vit son dernier temps en institution. Figures blessées, abîmées par la luxure d’un prêtre ou par sa propre trahison.

Peter Cunningham construit un récit coulissant parfaitement entre les époques, offrant ainsi une sonate sur le temps, les espoirs qu’il fait naître dans la jeunesse, puis ses désillusions, sa fatalité. La « rivière » (titre finement choisi par l’éditeur français plutôt que « la truite » originale) est ici une parfaite métaphore du temps qui passe et qu’Alex (la Truite ?) doit descendre pour mieux entendre sa vérité. La narration est entrecoupée d’incises halieutiques, toujours en écho avec Alex et son périple à travers sa vie.
« Mettez-vous dans la tête d’une truite, tendue contre le courant de la rivière, à deux brasses de profondeur. Soudain, quelque chose change dans le dôme d’air libre : une ombre coupe la lumière au-dessus de votre tête. Que faites-vous ? Une mémoire profonde comme l’océan vous empoigne. Et vous ne pensez plus qu’à la survie. Que faites-vous ? Vous ne faites rien. Vous attendez dans la fraîcheur du renfoncement du rivage. Vous laissez passer. Si vous restez immobile, le danger disparaîtra. Vous ne faites rien. »

L’Irlande quand même. Parce qu’il faut y aller, parce qu’il faut peut-être savoir ce qui reste du père, des amis, des douleurs. L’Irlande, immuable, éternelle, entre ombre et lumière.
« Une pluie lourde tombe sur l’autoroute sud-est. Il y a tant d’années. Des véhicules roulent en feux de position, tandis que de l’eau semblable à une marée nappe une nationale dont j’ignorais l’existence. De chaque côté, dans les prés où se sont formés des lacs, le bétail est blotti. De temps en temps, le plafond nuageux se déchire et un rayon de soleil éclaire un ruisseau, ou une colline couverte d’ajoncs en fleur, les reflets intenses faisant instantanément pardonner leur entourage crépusculaire. »

Et la visite au père. Enfin presque. L’infirmière navrée qui dit qu’il refuse de le voir. « Je suis absolument désolée, Mr Smyth. Mais il ne veut pas vous voir ». Mais le pécheur puise dans la sagesse ancestrale.
« Quand un poisson refuse une mouche, c’est soit parce que la mouche n’est pas de la bonne taille, ou a été mal présentée, soit parce que le poisson a remarqué quelque chose qui l’a alerté du danger. »
De la première à la dernière page, ce livre fascine, inquiète, fait miroir à nos angoisses. A travers l’histoire d’Alex, du Docteur, du père McVee et ses turpitudes, Terence, l’ami meurtri, Sean, l’ami trahi, Cunningham tisse une ode à la vie, au péché, au pardon, à la rédemption possible. Une ode aux humains, à leurs vertus et leurs failles, une ode jaillissant du temps comme la truite jaillit de l’eau, apportant enfin l’incroyable vérité.

« Surgissant à travers la croûte de l’eau, comme on fait éclater du verre, elle se manifeste dans toute sa beauté élémentaire et monstrueuse. Sa fin de partie a commencé. »

TÉLÉRAMA

«La construction subtile de ce roman du traumatisme est secondée par une écriture qui, elle aussi, se cache derrière les apparences, tantôt descriptive et vigoureuse, tantôt psychologique et poignante comme la peur d’un enfant, à la nuit tombante, lorsqu’un adulte lui pose la main sur l’épaule…»
Le lac Muskoka, près de Toronto, est un site magnifique, d’un bleu électrique. On y voit souvent des truites argentées – on connaîtra bientôt leurs techniques de survie face à leurs ennemis. C’est là qu’Alex et sa femme sont installés depuis quèlques années. Un lieu idéal pour écrire, pensait Alex, qui vient de terminer son deuxième roman. Mais cet homme, familier des médicaments pour l’hypertension, ne parvient jamais à trouver la paix. Il suffit d’un détail pour que son enfance vienne encombrer son esprit. Il vivait alors en Irlande avec son père médecin, l’accompagnant souvent dans ses tournées, ses parties de pêche au petit jour. En ce temps-là, le père, veuf très jeune, et le fils, déjà anxieux voire poltron, formaient un duo familial uni. C’était avant la déception, la haine, les secrets et, surtout, le silence de circonstance… Jouant avec subtilité des clairsobscurs, Peter Cunningham glisse de la lumière canadienne vers un étouffant noir et blanc irlandais. Descendre la rivière est à la fois une enquête sur un meurtre, le retour sur le passé et ses mensonges et une affaire d’amitié trahie. La construction subtile de ce roman du traumatisme est secondée par une écriture qui, elle aussi, se cache derrière les apparences, tantôt descriptive et vigoureuse, tantôt psychologique et poignante comme la peur d’un enfant, à la nuit tombante, lorsqu’un adulte lui pose la main sur l’épaule… – CHRISTINE FERNIOT

OUEST FRANCE

«À intervalles réguliers surgissent de courts paragraphes consacrés à la truite . . . ils font entendre une drôle de petite musique, curieuse et obsédante – au bout de quelques pages, on finit par tendre l’oreille, impatient de l’entendre à nouveau – contrepoint inattendu qui sonne avec une rare justesse.»
Alex et sa femme Kay vivent à Bayport près de Toronto, au bord du lac Muskoka. Alex s’apprête à publier son second roman quand il reçoit de son éditeur une enveloppe contenant un curieux insecte : une mouche pour la pêche. Cette decouverte réveille en lui de douloureux souvenirs d’enfance où il est question d’un pere écrasant, de prêtres troubles et troubles et d’un ami trahi, dans une Irlande où tout se sait et rien ne se dit. Les souvenirs s’égrènent et forment peu à peu l’image du drame, entrecoupée de la description raisonnée de la pêche a la truite, habile tension narratrice et anticipatnce. Maîs une menace rôde autour de la famille : un nouveau venu à Bayport, qui se prétend ancien policier, se fait de plus en plus présent, insistant… Cette enquête sensible et libératrice montre comment le traumatisme enfoui, les silences et les mensonges peuvent nécroser une vie, plusieurs vies.

EIREANN YVON

«Un très bon roman sur une période peu glorieuse de l’histoire de l’église catholique d’Irlande avec une fin angoissante digne d’un bon thriller.»

Troisième roman de Peter Cunningham traduit en Français après « Trio à cœur » et « La mer et le silence » qui a obtenu plusieurs prix.

Roman en quatre parties « Il y a deux ans. Bayport, lac Mukoka. Ontario. Canada » ; « Il y a deux ans. Irlande » ; « 1970. Waterford, Irlande » et « Deux ans plus tard ».

Kay et Alex vivent dans un coin idyllique du Canada ; par contre leur vie de couple est loin de l’être. Lui est écrivain, son premier roman s’est correctement vendu, mais pas assez pour assurer les dépenses du ménage. Donc Kay est obligé de travailler. Tim, leur petit- fils vit avec eux, sa mère est morte et son père vit en Chine.
Larry White est un nouveau venu dans le voisinage. Il se dit ancien policier et se comporte d’une manière envahissante. Kay se sent un moment attiré par lui.

Une lettre et surtout son contenu, une mouche pour la pêche à la truite, va bouleverser Alex. Son enfance lui revient et ce sentiment diffus d’avoir tué quelqu’un. Il ne se souvient plus qui, ni comment.
La seule solution : retourner affronter son passé en Irlande et le Docteur, son père, tenter de savoir, de remplir les trous de sa mémoire d’enfant.

Sa quête ne sera pas simple, son père refuse de le recevoir, mais finit par cracher un nom « Flannery ». Alex revoit une ferme, un couple de paysans et Terrence, un jeune garçon vivant avec eux. Celui-ci n’est pas leur fils, mais un neveu qu’ils élèvent.
Dans la région, les langues ont du mal à se délier. Son Docteur et le père Charlie McVee étaient de fins pêcheurs à la mouche. Les truites abondaient dans les rivières avoisinantes. Terrence les accompagnait très souvent.
La suite de l’enquête d’Alex lui révélera des faits dont il ne se doutait pas enfant.
Il va petit à petit découvrir le côté sombre de son pays, se souvenir qu’il était destiné à être prêtre, et la rencontre d’une femme lui a fait abandonner ce projet, et l’a fâché définitivement avec son père.
Il tentera de retrouver la trace du Père McVee, de Sean Phelan, mais ce qu’il découvrira le consternera.
Et quel est le lien avec sa vie au Canada et les visions mystérieuses de Kay à son travail et aussi l’omniprésence de Larry White dans la vie du village ?Une peur diffuse s’installe dans ses pensées… il lui faut rentrer au Canada.
Mais avant de retourner chez lui, une dernière étape est nécessaire.

Beaucoup de personnages au fil des lignes et du courant des rivières irlandaises. Alex Smyth, écrivain, pour lui un retour aux sources douloureux. Etait-il absolument nécessaire ? N’est-il pas mieux de laisser les cadavres anciens dans des placards bien fermés ? Kay, son épouse, est restée au Canada. Larry White, qui est-il vraiment ? Un revenant d’Irlande ? Le Docteur, père d’Alex, homme rigide, a élevé seul son fils. Pour celui-ci : deux options, l’église ou la médecine.

Le père Charlie McVee, Terrence Dealy et le père Sean Phelan sont les symboles de la mainmise de la religion sur l’Irlande, et de ses égarements. Que de destins brisés !
Un autre personnage omniprésent dans ce roman… la truite ! En fin de livre vous saurez tout sur ce poisson plein de ressources ! Et vous comprendrez pourquoi il est si difficile de le pêcher.
Un livre en forme de puzzle, plein de flash-back racontant le gâchis de plusieurs vies d’enfants et les séquelles qui les hanteront durant toutes leurs vies. Un très bon roman sur une période peu glorieuse de l’histoire de l’église catholique d’Irlande avec une fin angoissante digne d’un bon thriller.
Il est à noter sur la quatrième de couverture la mention que « La mer et le silence » a obtenu « Le prix du Caillou *» de l’île de Groix en 2013.

Extraits :
– Il a éveillé l’intérêt d’un éditeur d’une maison new-yorkaise de taille moyenne, et a maintenant un contrat en vue. Quelques jours plus tôt j’aurais savouré ses nouvelles.
– Nous regardons sans rien dire, comme si nous venions juste d’ouvrir la porte et qu’un extraterrestre était entré dans la pièce.
– Il s’agit plus d’une sensation que d’un véritable souvenir. Des épaisseurs et des épaisseurs… je sais que je l’ai fait, et pourtant je ne sais pas pourquoi je le sais.
– La pêche à la mouche permet à l’homme de manifester la part bucolique qui sommeille enfouie en chacun de nous.
– Il était le rebut de la terre du Seigneur, mais c’est toujours la terre du Seigneur.
– Il me faudrait encore quarante-cinq ans pour comprendre ces rêves.
– Puis, dans l’odeur d’essence qui persistait, j’ai descendu la pente menant dans le reste de ma vie.
Éditions: Joëlle Losfeld (2016).
Titre original: The Trout (2016).
Traduit de l’anglais (Irlande): Christophe Mercier.